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Critique – Annecy 2019 : Bunuel Après L’Age d’Or, quand le surréalisme fait face au réel

Terre Sans Pain

Récompensé par une Mention du Jury et par le prix de la meilleure musique au Festival d’Annecy, Buñuel après L’Age d’or sort aujourd’hui dans les salles françaises. Nous en profitons pour vous proposer une brève critique du film.

Réalisé par Salvador Simo, ce long-métrage d’animation retrace un pan majeur de la vie du surréaliste Luis Buñuel, sans pour autant nécessiter de connaître en détail son oeuvre : les novices ne seront donc pas perdus.
Rappelons le contexte : après la sortie de son film L’Age d’Or qui attaque ouvertement bourgeoisie et Eglise, Buñuel se voit censuré et rejeté. Sans argent, sans financement, c’est finalement grâce à un ami et à un coup du sort (un billet gagnant de loterie) qu’il pourra se lancer dans une nouvelle oeuvre : un documentaire, une grande première pour lui. Son nouveau film, Terre sans pain, aura pour objectif de mettre en lumière la vie des habitants de la région espagnole des Hurdes, où règne une pauvreté terrible.

C’est la réalisation de ce documentaire qui est au coeur du film. Entre portrait de l’artiste excentrique et suivi de production, on suit la petite équipe de tournage au fond de l’Espagne. Un périple qui sera loin d’être de tout repos, entre le contact parfois difficile avec les habitants et un Buñuel qui n’a ni le sens du budget, ni celui de la gestion d’une équipe. D’où un humour fortement présent lorsque les déboires s’accumulent ou que les personnalités s’opposent.
Le film montre également la face plus sombre du projet, Buñuel n’hésitant pas à mettre en scène des séquences pour mieux les filmer. Chute « accidentelle » d’une chèvre, mort d’un âne attaqué par des abeilles font partie des plans artificiellement créés pour le film, ce qui pose du même coup la question de son aspect réellement documentaire.
Ces séquences, Buñuel après L’Age d’or ne nous les épargne pas : outre une représentation animée, des extraits de Terre sans pain sont inclus dans le film. Soyez donc prévenus, certains passages pourrons choquer.

En creux, et au-delà de la mise en scène du personnage détonnant qu’est Buñuel, le film ne pourra que faire réfléchir le public sur les limites du documentaire, les actes permis par une volonté politique ou encore le lien entre cinéma et réel. Doté d’une réalisation classique mais efficace, Buñuel après L’Age d’or mérite d’être vu pour le recul qu’il impose, même si ses qualités graphiques et parfois surréalistes ne sont pas en reste.
Si le spectateur sortira sans doute de la salle avec de nombreux questionnements, la réalité avait de son côté répondu sombrement à ce message politique : alors que le tournage de Terre sans pain a lieu en 1933, la guerre civile espagnole éclate en 1936, ravageant le pays. 

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