The Fall of Skywalker - Nathan Dubuc
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The Fall of Skywalker : les coulisses d’un fanfilm Star Wars de Nathan Dubuc

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Pour leur jury de fin d’études, les élèves de l’école VFX-Workshop doivent créer un Case Study, un projet mettant en avant leurs compétences. Nous vous avons récemment parlé de ceux de la nouvelle promotion 2024 : nous faisions partie du jury.

Nathan Dubuc, qui sort cette année de l’école, nous a présenté un fanfilm Star Wars d’environ 1 minute nommé The Fall of Skywalker. Au menu : mélange de décors réels et virtuels, motion capture, personnages et lieux mythiques ! Voici le court, suivi d’une interview sur les coulisses.

3DVF : Bonjour Nathan, lors du jury de fin d’études VFX-Workshop tu nous as présenté un projet inspiré de l’univers Star Wars. Peux-tu nous le présenter en quelques mots, et ce qui t’a incité à partir dans cet univers ?

Nathan Dubuc : Bonjour !

Mon projet est un fan-film d’une minute, qui raconte de manière contemplative la chute d’Anakin Skywalker vers le côté obscure de la force. L’idée était de recréer des concept arts, et de refaire des scènes du film, en tournant des plans qui seraient ensuite augmentés avec des vfx.

Le choix de l’univers de Star Wars pour mon projet de fin d’étude était presque évident car les premiers effets spéciaux que j’ai réalisés, à l’âge de 12-13 ans, consistaient à ajouter un effet de sabre laser sur des vidéos avec l’outil LS Maker, qui était un logiciel très rudimentaire ! C’est en allant plus loin dans mon envie d’apprendre à faire des effets de sabre laser comme dans Star Wars que j’ai appris le logiciel After Effects, et c’est de là que j’ai commencé à m’aventurer dans le monde des vfx.

3DVF : Quels étaient tes objectifs au niveau artistique et technique ?

Nathan Dubuc : Mes objectifs principaux étaient de faire un projet qui me permettrait d’allier 3D, plans réels et compositing. Je voulais me mettre dans des conditions où je récupérais des plans tournés, sur lesquels j’avais une liste d’effets à faire. Me mettre dans des conditions de studio. Cet esprit est très bien représenté dans le premier plan, qui a été tourné à La Défense, dans lequel tout l’environnement au-delà du sol et des escaliers à été remplacé par de la 3D, en ajoutant même des figurants.

Artistiquement, je voulais que les événements montrés dans le film soient montrés d’un point de vue détaché. Je savais que j’allais montrer des scènes que beaucoup connaissent déjà, je voulais les montrer sous un autre angle. L’idée était de faire une sorte de rétrospective de l’histoire d’Anakin.

3DVF : Nous faisions partie du jury, et nous avons notamment apprécié l’ingéniosité des coulisses : le plan à La Défense, l’adaptation face aux imprévus avec usage de motion capture…

Nathan Dubuc : Le plan à la Défense, qui est le premier plan du projet, est inspiré de la manière dont la série Andor a été tournée. Pour une partie des scènes qui se passent en milieu urbain, ils avaient décidé de tourner dans la City de Londres, et de remplacer les bâtiments autour des personnages.

Andor – making-of

Je voulais absolument répliquer cette démarche pour mon projet, et c’est de cette envie qu’est né le premier plan.

Je voulais une scène devant le temple Jedi, et la Grande Arche de La Défense semblait être le candidat idéal, avec ses longs escaliers et le grand espace qu’il y a autour. Nous sommes donc allés tourner un dimanche matin afin d’avoir le moins de monde possible (et en espérant avoir une lumière orange de début de journée, mais c’était raté !).

Le reste des plans ont été tournés sur fond vert à VFX-Workshop, avec Renaud Jungmann, notre directeur qui a été d’une grande aide pour l’aspect technique du tournage.

The Fall of Skywalker making of - Nathan Dubuc
The Fall of Skywalker making of - Nathan Dubuc
The Fall of Skywalker making of - Nathan Dubuc

Au début, le plan était en effet d’appeler des cosplayeurs pour jouer les personnages d’Anakin et de Dark Vador. Malheureusement les conflits d’agenda ont fait que tourner avec les cosplayeurs était impossible. J’ai donc acheté des costumes, qui étaient du coup de bien moindre qualité, pour Anakin et Obi-Wan.

Pour Dark Vador, l’impossibilité de trouver une date de tournage s’est révélée très tard dans la production du projet. Il ne restait qu’un mois avant la date de rendu du projet, je me suis donc imposé un ultimatum: si d’ici à trois jours je n’arrive pas à avoir un Vador en 3D, correctement animé, je laisse un Vador complètement statique dans le plan final.

Finalement, grâce au logiciel Cascadeur et à sa fonctionnalité de Mocap par IA à partir d’une simple vidéo, j’ai réussi à avoir une animation acceptable. Il ne me manquait plus qu’à avoir une cape simulée, ce que j’ai réussi à faire grâce à l’aide précieuse d’Emma Toubin, une autre étudiante dont le projet était largement concentré sur la simulation de vêtements.

3DVF : Tu as également créé plusieurs plans sur Mustafar, la fameuse planète de lave sur laquelle Anakin et Obi-Wan s’affrontent. Quels étaient les enjeux ? Peux-tu revenir sur le tournage, la rivière de lave/les projections, et le compositing qui a sans doute été une étape difficile vu les nombreuses sources lumineuses ?

Nathan Dubuc : Les plans sur Mustafar reposent énormément sur le compositing. Je savais que je n’allais pas avoir le temps de pousser mes scènes 3D très loin, et que j’avais trop peu de temps pour essayer de simuler les projections de lave en 3D…

La 3D contient essentiellement deux choses: Les roches/montagnes, qui ont été faites sur Blender ou avec le logiciel Gaea, et la rivière de lave qui est un shader procédural. Ce shader a été réutilisé sur les deux plans, et il se base sur l’occlusion ambiante pour créer des zones plus froides ou plus chaudes de la lave, ainsi que sur des noise animés pour faire bouger différentes couches de la lave.

Au compositing, il s’agissait d’ajouter beaucoup d’éléments vidéos pour donner vie aux plans. Les plus importants ont été les vidéos d’éruptions volcaniques que j’ai récupérés de Youtube, et que j’ai warpés sur les montagnes, ou tout simplement placés dans mes scènes. Elles donnent toute la vie aux plans. Des éléments de fumées d’Action VFX ont aussi été utilisés pour ajouter de la profondeur. L’ajout de distorsion lié à la chaleur à beaucoup aidé pour le second plan sur Mustafar.

Pour ce qui est du tournage, tout a été tourné sur fond vert, avec comme seul challenge de faire de la triche avec la perspective ! Sur le plan où Anakin brûle et Obi-Wan se tient en haut de la colline, nous avons tourné presque à même le sol, et avec un système de retour fond-vert en temps réel bricolé avec OBS et un smartphone. Nous avons trouvé le bon angle pour qu’on ait l’impression que les personnages se tiennent bien sur une colline pentue.

The Fall of Skywalker making of - Nathan Dubuc

3DVF : Peux-tu aussi nous parler des deux plans dans un grand couloir, qui font écho l’un à l’autre visuellement ?

Nathan Dubuc : Oui, ces plans sont la raison pour laquelle ce projet existe ! L’été dernier je suis tombé sur des illustrations de Dave Filoni, réalisateur de la série The Clone Wars et créateur des séries The Mandalorian et Ahsoka, et mon objectif a tout de suite été de recréer ces illustrations. Elles évoquent très simplement l’aspect tragique du personnage de Dark Vador. Les couleurs choisies dans l’éclairage sont aussi très impactantes.

Crédit: Dave Filoni

C’est sur ces plans que j’ai commencé à travailler en premier. J’ai aussi pris la décision de changer légèrement le décor dans ces plans, en les plaçant dans le temple Jedi, afin de créer une cohérence avec le premier plan du film, et aussi de placer le spectateur dans un décor connu (on peut apercevoir ce décor dans l’épisode 3 de Star Wars ainsi que dans la série The Clone Wars). Là où j’ai été chanceux, c’est que je n’ai pas eu beaucoup à faire pour avoir des ciels dramatiques dans ces plans, car j’ai tout simplement récupéré des photos que j’avais capturé lors d’un voyage à Édimbourg !

3DVF : Au niveau lighting, compositing, nous avons eu un débat intéressant au sein même du jury, puisque tu pouvais soit coller au style visuel de la prélogie, peu contrasté soit adopter un style plus moderne. Qu’en as-tu pensé ?

Nathan Dubuc : J’avais beaucoup utilisé des captures des films de la prélogie comme référence pendant tout le long de la création des plans, c’est sans doute de là que viennent les couleurs moins contrastées, le côté plus éclairé sur certains plans. Il y a aussi cette crainte de faire du trop contrasté qui ferait perdre des détails dans les ombres.

Nathan Dubuc durant sa présentation au jury, chez VFX-Workshop

3DVF : Tu as donc fini ton cursus en 3 ans chez VFX-Workshop : quel bilan tires-tu de ce parcours ? Et comment vois-tu l’avenir, dans un contexte assez tendu en termes d’emploi, et avec des incertitudes autour de l’impact de l’IA ?

Nathan Dubuc : J’ai beaucoup de mal à réaliser tout ce que j’ai appris en trois ans à VFX-Workshop. J’avais peur de ne pas avoir ma place et de ne pas être légitime dans une école de vfx avant d’y entrer. J’ai finalement appris tellement de choses, modélisation, texture, compositing, animation, motion capture, FX, éclairage, le fonctionnement du ray-tracing et du PBR… J’ai aussi appris que le secteur, les places qui y sont disponibles, tout cela bouge beaucoup.

Lorsque j’étais en première année, on nous disait que si on voulait trouver un travail pour sûr, faire des FX était un très bon pari. Trois ans et une grève à Hollywood plus tard, les étudiants qui proposent des FX dans leurs démo reel ont beaucoup de mal à trouver du travail.

Le secteur des VFX est aussi un secteur où les technologies progressent très vite. En première année, les IA génératives n’existaient même pas dans la conscience générale. En deuxième année, on voit DALL-E, Stable Diffusion, Midjourney, Firefly arriver et remettre en question beaucoup de ce que l’on a appris.

Honnêtement on avait d’abord eu une sorte de panique collective, mais on a tous vite réalisé que ces IA ont une très grande faiblesse, qui est le manque de contrôle que l’on a sur les images générées.

Finalement elles finissent par être un outil comme un autre, qui est bien utile mais qui demande beaucoup de retouches pour être exploitable.

Ce qui est dommage c’est que l’IA pourrait être utilisée pour des choses qui seraient réellement révolutionnaires pour les graphistes. Dans ce projet j’ai utilisé de la Mocap en IA, ainsi que du rotoscoping en IA, ce qui m’a littéralement sauvé des semaines de travail. Des outils qui permettraient d’accélérer les process, répéter les tâches répétitives, et de laisser la main créative au graphiste, c’est de ça dont nous avons besoin. Malheureusement les grandes entreprises de l’IA se sont concentrées sur des outils à l’effet wow, mais sans réelle utilité pour un pipeline de vfx.

3DVF : Enfin, quel type de poste recherches-tu ? As-tu des envies en termes de localisation, type de studio ?

Nathan Dubuc : Il se trouve que j’ai déjà trouvé du travail ! Je commence bientôt dans une entreprise qui fait des packshots pour des produits de luxe. Je vais pouvoir mettre en œuvre les compétences en shading que j’ai acquises grâce à ce projet et j’ai très hâte !

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