Fred Bastide artiste numérique


On ne peut échapper facilement aux regards des personnages que nous propose Fred Bastide. Originaire de la partie francophone de la Suisse, Fred Bastide pratique un art ne pouvant laisser insensible quiconque pose un œil sur l’une de ses créations. La rencontre de Fred Bastide avec les arts numériques à produit un art hybride. Entre caricature, portrait, et nouvelle façon de décrire des êtres, ses représentations trouvent un équilibre où le trait humain est toujours quelque part présent. C’est avec un auteur innovant et talentueux que nous nous sommes entretenus.


IT’S ART : Fred, pouvez-vous nous décrire votre parcours ?


Fred Bastide : Enfant, je passais pas mal de temps à dessiner ou à réaliser des bestioles en pâte à modeler. J’ai été très tôt attiré par les arts plastiques, avec une petite préférence pour la sculpture. A la suite de l’école obligatoire, je me suis naturellement orienté vers des études artistiques en suivant les arts appliqués de Vevey puis les arts décoratifs de Genève. Si les arts appliqués m’ont donné de bonnes bases techniques en dessin et en couleurs, j’ai vraiment perdu mon temps aux arts décoratifs dont l’enseignement était gangrené par un côté très art conceptuel et minimal art, où toute approche technique et méthodique était proscrite.




En sortant, je suis parti quelque temps à Paris, pour faire des stages dans des ateliers d’effets spéciaux (à l’ancienne, à l’époque les images de synthèse n’en étaient qu’à leurs balbutiements). J’ai ensuite multiplié les expériences dans des domaines artistiques très divers, tels que design, masques pour le théâtre, spectacle, et publicité durant plusieurs années. J’ai ensuite fait une pause d’environ deux ans, avant de me mettre à la 3D. Aujourd’hui, je pratique une activité professionnelle dans un secteur qui n’a rien à voir avec l’Infographie.



I.A. : Pourriez-vous nous parler un peu plus de vos choix illustratifs et de votre processus de travail ?


Fred Bastide : J’ai pas mal d’idées d’images, que je traîne un certain temps avant de me lancer dans leur élaboration. D’une part parce que la réalisation d’une image prend un temps absolument énorme, ce qui laisse largement le temps à d’autres idées de s’installer, et d’autre part pour laisser un peu décanter une idée ou un concept afin qu’il mûrisse. Pour la réalisation à proprement parler, je suis plutôt méthodique. Je commence par une série de croquis, mis en couleurs grossièrement. Je fais ensuite des maquettes en plastiline si nécessaire, que je photographie comme gabarit. Je fais parallèlement à cela une maquette grossière de la scène, sous 3DS Max, afin de régler les paramètres de lumière, caméra, qui permet de faire une mise en situation rapide.


I.A. : Quels logiciels employez-vous ?


Fred Bastide : Actuellement, je suis en train de remplacer l’étape plastiline par une modélisation sous Zbrush, très intuitive et rapide. Cette technique offre en outre la possibilité de passer par un remeshing (Silo) qui peut être très intéressant au niveau de la productivité, même si cette technique reste pour le moment un peu expérimentale. Pour ce qui est des logiciels, j’utilise 3DS Max, Photoshop, Zbrush, Vray et depuis peu, je me fais la main sur Silo.


I.A. : Qu’est ce qui vous intéresse le plus dans le fait de décrire des personnages ?


Fred Bastide : L’intérêt du personnage permet une sorte d’échange avec le spectateur, une sorte de regard croisé. J’aime bien cette idée d’implication. Cette idée n’existe pas vraiment dans le paysage ou dans la nature morte, dans lesquels on rentre plus comme un explorateur ou un témoin. Ces sujets sont toutefois intéressants, et je n’exclus pas de m’y pencher dans un avenir plus ou moins proche.


I.A. : Où pensez vous que votre art se situe ? Portrait   ? Caricature ? Autre ?


Fred Bastide : Sans doute un mélange des deux. Je pense que les distinctions ne sont pas opposées car la caricature est pour moi une forme de portrait, poussé à son paroxysme, dans lequel on peut faire passer beaucoup plus de choses que pour un portrait. C’est peut-être aussi plus facile à réaliser, car cela demande bien moins de rigueur.


I.A. : En quoi la 3D vous a permis de trouver une nouvelle forme à votre art ?


Fred Bastide : Je me suis lancé dans la 3D parce qu’il m’était devenu impossible d’avancer artistiquement, je bloquais depuis pas mal de temps et tournais en rond. J’ai commencé un peu timidement, plus comme un jeu qu’autre chose. C’est certainement lors de ma phase d’apprentissage de la modélisation polygonale que j’ai commencé à aborder la chose sérieusement.





I.A. : Quelles sont vos influences principales?


Fred Bastide : Pour la lumière, elles sont à chercher dans la peinture classique. Sur un plan formel, surtout dans l’observation de la nature. J’aime bien observer des bestioles comme les grenouilles, les salamandres, les reptiles. Sinon, bien entendu, il y a quantités de lectures, de films ou de bandes dessinées dans lesquels je puise certainement pas mal sans m’en apercevoir.






I.A. : Pouvez nous en dire un peu plus quant à vos influences issues de la peinture classique ?


Fred Bastide : Pour la lumière, il est très intéressant d’observer comment travaillent les peintres. Ils vont facilement la sublimer et exagérer certaines de ses propriétés. L’observation en devient plus évidente, et la compréhension plus facile que sur une photographie ou par l’observation directe. De plus, et bien que les techniques aient passablement changé aujourd’hui, le but (faire une image) est identique, et les questions à se poser sont les mêmes.



I.A. : Qu’est ce qui pour vous est le plus important dans votre travail ?


Fred Bastide : Une certaine rigueur, et pas mal d’obstination. Je ne m’arrête jamais avant d’être satisfait, même si je dois reprendre quelque chose un million de fois. C’en est presque maladif. Bon, totalement satisfait, je pense qu’on ne l’est jamais vraiment, il s’agit surtout de savoir s’arrêter lorsque l’image s’approche le plus possible du but que l’on s’est fixé. Il est aussi passablement difficile d’être critique et objectif lorsqu’on a passé des jours et des jours sur une image. Pour y palier, il est sans doute bienvenu de publier son travail sur un forum spécialisé et de prendre un peu les avis des autres intervenants. Disons que lorsque l’image me convient, et que plus personne ne relève de problème vraiment manifeste, je m’arrête.






I.A. : En quoi pensez-vous qu’il puisse être qualifié d’art ?


Fred Bastide : Pour ma part, à partir du moment ou une création n’a d’autre but que celle d’exister et n’a pas de fonction utilitaire, elle s’apparente à une manifestation artistique.


I.A. : Avez-vous des projets personnels ?


Fred Bastide : J’ai plusieurs idées de courts métrages, que je repousse sans cesse. Il m’apparaît de plus en plus clairement que partir seul dans une telle aventure est impossible, et ce même sans mettre la barre trop haute sur un plan technique. J’aimerais bien arriver à un compromis entre l’efficacité narrative et l’économie de moyen d’un South Park avec un rendu visuel un peu plus abouti, mais sans tomber dans le symptôme de démo technologique dont souffrent la plupart des créations de courts en image de synthèses. Comme je ne crois pas du tout au principe du bénévolat qui montre très vite ses limites sur des projets communs, il faudrait que je trouve une source de financement afin de rétribuer les différents intervenants, c’est certainement la grosse difficulté de ce genre d’entreprise. Mais je ne suis pas pressé !




Propos recueillis par
IT’S ART Magazine pour 3DVF



Pour en savoir plus sur les réalisations de Fred Bastide, n’hésitez pas à visitez son site :
https://www.texwelt.net/


 

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