Dragon : animateur Simon Otto

 

 

 

 

3DVF : Nous avons eu des bonnes critiques du film, vous avez beaucoup de mérites de l’avoir fait en si peu de temps. Est ce que la réussite de ce film est dûe au fait que la production ait été très courte?


Simon Otto : Je ne pense pas que c’est la raison principale de la réussite du film. La raison pour laquelle on a fait un bon film c’est grâce à Chris et Dean, c’est la constellation des gens présents, l’idée de cette histoire, l’univers, les designs… Néanmoins, ce que tu dis a joué un rôle, car quand ils sont arrivés ils ont créé un concept, ils ont discuté avec le studio et ce dernier a décidé de faire confiance, c’était  en effet presque notre dernière opportunité de faire un film bien à part, de haute qualité.

Avec ce temps cours on est plus rapidement allé à l’essentiel, on ne revenait pas en arrière sur nos discussions, les personnes les plus importantes se réunissaient. À chaque décision prise, on a produit. D’un autre côté faire de la haute qualité d’animation en 10 mois c’est beaucoup plus difficile.

Je suis très fier du résultat de l’animation. Grâce à l’équipe, les designs, les idées, les réalisateurs et le groupe des superviseurs, le travail à l’aide  de références, on a pu avoir une longue préparation. Préparer des cycles de vols nous a permis d’être vraiment au point dès le début de la production. C’est cette pré-production qui nous a permis de faire de la haute qualité. Mais bon après c’est très subjectif, car tout le monde n’aime pas forcement l’animation, et j’ai également eu des critiques négatives.

3DVF : À la conférence tu as dit qu’à ton arrivée chez Dreamworks il y a 12 ans  ton mentor était Kristof Serrand et que maintenant c’était l’inverse. Aujourd’hui directeur d’animation, bientôt réalisateur? Quelle est ton ambition personnelle pour l’avenir?


Simon Otto : La réalisation ? Pourquoi pas. Si déjà c’est un bon projet, si les gens croient en moi et si j’ai du soutien . Ce que je souhaite avant tout, c’est d’être à la création d’un projet et d’y être impliqué totalement; aider le studio à faire des films qui m’intéressent. Mais bon, au final je ne suis pas forcement intéressé par la direction d’équipe, j’aime être dans l’action.

« Dragons » est un film qui me plaisait donc j’ai accepté le rôle de superviseur mais je préfère animer, dessiner des idées qui me plaisent, aider les autres, travailler en  ensemble, j’aime beaucoup le travail de groupe. Si on me donne une place  qui m’empêche de faire tout ça, cela ne m’intéresse pas. Mon objectif est d’être à la base de la création d’un projet et de l’amener jusqu’à son terme.

 

 

3DVF : Quelle est ta vision sur le talent de Dreamworks, et même d’autres studios?


Simon Otto : Les talents que l’on a à Dreamworks et même à Pixar  sont les meilleurs au monde. On a cependant des approches différentes concernant la confection des films. Ce qu’on essaye avec Jeffrey Katzenberg et Dreamworks c’est de faire une variété de films qui  casse les règles….bon des fois ça marche et des fois ça marche moins bien. Si tu compares « Dragons », « Shrek », « Madagascar », « Spirit », ce sont des films totalement différents. « Shrek » par exemple est issu de la culture pop, il présente des contes de fées, des séquences musicales, cela  touche par conséquent un grand public. Et cette formule « Shrek » a créé un esprit, une ambiance qui a été repris par la suite, permettant d’autres films, comme par exemple…. « Dragons ».

Je parle de Dreamworks et Pixar, ces deux studios ont une place importante dans l’industrie de l’animation. Je pense que sans eux beaucoup de films ne pourraient fonctionner. Pour reprendre l’exemple de « Shrek », ce film a réussi à séduire, et à déplacer au cinéma, un public  qui n’allait plus voir les films d’animation.

Le phénomène a peut-être été  un peu différent en France du fait de la culture BD qui est très forte et qui touche encore aujourdh’ui les adultes, contrairement aux Etats-Unis.

 

3DVF : Si l’on compare avec ce qui peut se faire au Japon où les films d’animation occultent le public enfant en abordant des thèmes très adultes, penses-tu que le monde de l’animation est très enfantin ?


Simon Otto : J’adorerai que l’on puisse arriver à faire des films d’animation juste pour des adultes. Si  on avait le budget cela pourrait marcher, mais le public n’est pas prêt. Par exemple en Suisse ou en Allemagne je ne pense pas que des adultes iraient voir un film d’animation tous seuls, c’est dommage.

 

 

 

3DVF : Donc finalement tu penses que ce ne sont pas les studios qui ne veulent pas aller dans cette direction, mais c’est le public qui n’est pas encore formé à cela?


Simon Otto : Absolument oui, c’est selon la demande. Nous on choisi les thèmes universels, nos films doivent fonctionner avec de l’émotion, de l’humour et pas vraiment avec des choses intellectuelles. On ne fait pas de réflexions sur les choses qu’un enfant ne peut pas comprendre, mais cela ne veut pas dire  que ça doit être un film simple, cela peut être aussi un film très complexe.

Par exemple, le film « Up » parle d’un sujet complexe, il parle de l’âge, de la mort, dans « Wall-E » tout le début du film est muet, et je pense que Pixar a franchi un cap. Je pense que tout de même on prend plus de risque stylistiquement.

 

 

3DVF : Au niveau des personnages humains, il y a peut être une modélisation, une animation qui est plus proche du réalisme chez Dreamworks?


Simon Otto : Pas forcement, dans « Madagascar » ou « Montres et compagnie », je pense qu’on est inspiré par la même chose entre Dreamworks et Pixar.

Dans « Up », ils ont choisi de faire des formes assez simples et moi j’adore Pixar, j’adore leur graphisme et les thèmes qu’ils abordent. Pour revenir au grand public et aux enfants, c’est important de dire qu’au niveau de l’émotion, ils arrivent à raconter une histoire qui fonctionne avec un niveau « basique ». En d’autres termes, qu’un enfant arrive à comprendre  ce qui se passe et peut suivre le film malgré l’une autre couche qui s’adresse aux adultes. Je pense que « Dragons » rprend cette émotion, c’est facile à suivre. Nous, on ne va pas faire un film comme les Japonais qui parle de sexe ou de choses plus violentes. Un esprit type « Blade Runner » ou « Ghost in the shell » va être mis de coté pour nous.

 

 

 

 

 

 

3DVF : Une petite question pour finir, tu as fait allusion à Pixar précédemment lorsque l’on parlait des talents, quelles relations entretenez-vous?


Simon Otto : On a de bonnes relations, entre les artistes il n’y a aucune compétition. Il y a quelques jours Pete Docter est venu à Dreamworks pour faire une conférence avec Katzenberg sur l’animation; ce dernier l’interviewait et expliquait comment il avait fait « UP ». La compétition entre Pixar et Dreamworks c’est les journalistes et les gens extérieurs qui la créent.

On essaye de ne pas sortir un film en même temps, après, si un film de Dreamworks et un de Pixar sont nommés pour les Oscars, on a forcément envie que le film sur lequel on a travaillé gagne. Mais on est tous fan de ce qu’ils font chez Pixar. La dernière fois je discutais avec Andy Schmit qui est un animateur chez eux et il m’a dit combien il avait adoré « Dragons », il y a vraiment un respect artistique entre les gens.

C’est vrai que nos responsables préfèrent que les gens qui travaillent chez nous n’aillent pas à Pixar, mais chacun est libre d’aller travailler ou bon lui semble.

Pour vraiment arriver à un niveau artistique élevé, il faut que les gens restent, qu’ils réutilisent les apports et acquis d’un projet à l’autre.

Il y a une culture qui doit se faire des années à l’autre et sans cette mentalité on ne va nulle part. Lors d’une conférence en Suisse j’ai vu qu’un studio, avait recruté beaucoup de monde et quand le projet s’est terminé ils sont tous partis…..Maintenant que les producteurs veulent refaire un film ils doivent à nouveau recruter : ils ont perdu toute l’expérience de la précédente prod, c’est parti dans différentes directions et cela coûte cher.

Donc à Dreamworks, Pixar, Sony, Blue Sky, ils ont la possibilité de garder les gens et ils ont une culture artistique qui continue de grandir et c’est ça qui permet aux grands studios d’avoir du succès et la réussite. Franchement le talent il existe en France et dans d’autres pays, mais voila les studios doivent continuer à produire et garder les équipes.

 

C’est à la fois une question de mentalité, mais aussi d’argent pour offrir du travail. La mentalité c’est de bien traiter les gens pour leur donner envie de rester. On a pu lire dans une revue aux États-Unis, « Fortune Magazine », que Dreamworks était en 6eme position des entreprises dans la catégorie « The best company to work for… » (« La meilleure entreprise dans laquelle travailler »). Les gens adorent travailler à Dreamworks, l’endroit est tellement créatif, chaleureux et charmant et il faut garder ça en tête.

 

Simon Otto à Annecy.

3DVF : Merci Simon pour cet entretien, on te souhaite une bonne continuation à Dreamworks et de nous faire encore « rêver » dans d’autres longs métrages.


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