Rencontre avec Julien Forest, Généraliste 3D Senior – Blizzard Entertainment

Julien Forest 
3DVF – En 2010, tu as rejoint PDI DreamWorks en tant que Senior Lighting Compositing Artist. Comment se sont passés ton recrutement et ton entrée au studio ?

Julien Forest : J’ai toujours voulu intégrer une «major company». Faire du cinéma d’animation a toujours été une de mes passions. Apres avoir postulé pour de nombreux studios, DreamWorks Animation m’a contacté et m’ont fait passé 3 entretiens avec les superviseurs du département Lighting / Compositing, des légendes de l’Animation qui sont à DreamWorks depuis le Le Prince d’Egypte : là, on joue dans la cour des grands ! Quand je suis arrive a PDI je me rappelle avoir été très intimidé. J’ai toujours eu l’habitude de travailler pour des sociétés de 100 voire 200 personnes maximum.

A PDI nous étions 700. Et pourtant je me souviens du calme ambiant : pas un bruit, ambiance studieuse, tout le monde chuchote. Le travail est exécuté dans des conditions hors normes : l’ergonomie à l’américaine, le confort.

Tout est conçu pour que les projets se produisent dans les meilleures conditions c’est à dire sans problème ni obstacle. Ces derniers sont d’ailleurs toujours anticipés. Organisation de productions très précise, travail d’orfèvre sur des projets d’envergure internationale, très forte exigence de qualité, grande précision au pixel près.

Les premiers jours ont été incroyables, bien accueilli, j’ai été présenté à toute l’équipe de mon département. Puis j’ai eu ma photo-portrait dans l’entrée entourée de celles de mes collègues arrivés avant moi. Nous étions comme gravés dans le marbre.

julien forest demo reel 2015 from julien forest on Vimeo.

3DVF – Revenons sur certains de tes projets chez DreamWorks. Pour Turbo, tu as travaillé sur une séquence mettant en scène des corbeaux sous un ciel menaçant… Quel a été ton travail sur cette scène et comme l’as-tu abordée ?

Beaucoup de travail de recherche en amont : comment un corbeau réagit a la lumière. J’ai visionné plus d’une centaine d’images et de vidéos pour connaître de plus près la réaction de la lumière sur les plumes. On pense d’ordinaire que les reflets produisent une lumière blanche mais en réalité cela a été un travail sur les déclinaisons de couleurs.

 

C’était une partie du film intense, où l’histoire du héros basculait, donc on a insisté sur les contrastes tout en conservant la lisibilité pendant les mouvements de camera très brusques. Arriver à identifier en une fraction de seconde où se situaient les personnages a été le défi de cette séquence. L’attention devait rester sur les escargots, héros du film.

Beaucoup d’heures passées à travailler sur l’iconographie des silhouettes et leur intégration dans un environnement réaliste. Le réalisateur David Soren a une vision photographique pointue et c’est ce qui a fait la beauté de ce film.

 

3DVF – De même, quel a été ton travail sur Les Cinq légendes (Rise of the Guardians) ?

Rise of the Guardians a été la grande expérience à DreamWorks. Elle a été mon expérience professionnelle préférée ou j’ai pu travailler avec Roger Deakins, célèbre directeur de la photographie des films des frères Coen et de Sam Mendes, entre autres. Cela a été une rencontre exceptionnelle, enrichissante, renversante : on croit  connaître son métier et comment faire une image.
Roger Deakins, par son regard et sons sens de la critique et de l’analyse de l’image, nous a appris tellement de techniques qu’il m’aurait fallu des années pour les acquérir par moi-même. Il trouvera toujours un angle intéressant pour que la séquence la plus banale d’un film serve au mieux l’histoire.

Travailler avec quelqu’un qui a une connaissance complète des difficultés visuelles, qui sait comment mettre en valeur le film et l’image, a été pour moi un moment inoubliable.

 

Madagascar 3

 

3DVF – Quelques mots sur Madagascar 3 ?

Madagascar 3 a été un exercice de style. C’est une des licences stars de DreamWorks. Tout le monde connaît l’univers du film, ses personnages, ses codes couleurs et pourtant il faut toujours en faire plus, toujours surprendre. Madagascar 3 a vraiment été une très bonne expérience, l’univers très enfantin, les ambiances colorées sont des raisons qui vous font aller au travail tous les matins avec le sourire accroché aux lèvres.

Bien évidement le fait que tous les personnages aient de la fourrure peut devenir très vite votre pire cauchemar. Je pense que seul DreamWorks Animation était capable à l’époque de produire un film avec autant d’environnements différents, de variétés dans les personnages, rien n’a été économisé. La directrice artistique Kendal Cronkhite (qui a aussi fait partie du staff des deux premiers) a mis la barre très haut dès le départ avec la première séquence du film à Monaco, et a été vraiment très claire sur les directions artistiques que le film allait prendre.

La suite du projet a été très fluide. Les équipes techniques ont trouvé des moyens très ingénieux pour nous éviter tout problème, il ne nous restait plus qu’a faire de belles images. C’était vraiment très gratifiant de travailler sur ce film, sans oublier le fait qu’il a été un énorme succès mondial.

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