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Canada : un suicide met en lumière les conditions de travail dans les VFX

CTV News a publié hier un article suite au décès par suicide de Malcolm Angell, néo-zélandais de 46 ans qui avait déménagé à Montréal en 2019 pour travailler chez le studio Mill Film.

Il avait notamment travaillé sur Justice League, Wonder Woman, Man of Steal, la trilogie Le Seigneur des Anneaux.

Des conditions de travail extrêmes

Si les causes d’un tel évènement sont évidemment toujours complexes et multiples (la découverte d’une maladie incurable chez la mère d’Angell, après sa première tentative de suicide, est aussi évoquée), les proches de Malcolm Angell mettent en avant l’impact des conditions de travail sur place : ils citent des semaines de 80 heures, des humiliations par la hiérarchie y compris avec des cris dirigés contre Angell durant des réunions.
Des collègues d’Angell précisent aussi que son projet actuel était particulièrement écrasant, avec du travail supplémentaire imposé par ses supérieurs sans délai ni budget supplémentaires.

CTV News précise aussi qu’une clause du contrat d’Angell spécifiait qu’en raison de ses responsabilités, il devrait payer une pénalité 35 000 dollars canadiens (environ 22 500€) en cas de départ durant un projet, une somme constituant évidemment un frein à toute envie de démission.
Il faut rappeler aussi que les travailleurs étrangers sont fortement liés à leur employeur : leur autorisation de travailler au Canada est directement liée à leur contrat, et ils ne peuvent donc pas se contenter de claquer la porte pour aller voir la concurrence.

Sur Medium, une amie de Malcolm Angell a publié un article détaillé qui revient sur sa personnalité, son parcours et son travail. Elle invite les personnes qui le souhaitent à faire des dons à des organismes néo-zélandais de prévention du suicide de se santé psychique :

SHOT BRO Theatre for social change: Illuminating wellbeing and suicide prevention with aroha to communities throughout Australasia.

Bank details account number: 38–9015–0860549–01 (Toi Turama Wellbeing)

SKYLIGHT TRUST Supporting children, young people, and their whānau to navigate through tough times by building resilient individuals and communities.

Bank account number: 06 0501 0788246 26

Further wellbeing, mental health and bereavement resources are available at: www.mentalhealth.org.nz

La réaction de Technicolor et Mill Film

CTV News donne quelques éléments sur la réaction de Technicolor, maison mère de Mill Film : le groupe évoque une tragédie, exprime ses condoléances, et souligne l’existence de deux programmes. Le premier visant à soutenir la santé psychique des employés, mise en place depuis la mort d’Angell et dans le cadre de la pandémie, le second visant à encourager le personnel à dénoncer les comportements inappropriés. Technicolor ajoute qu’aucune plainte formelle n’a été reçue concernant le traitement d’Angell chez Mill Film.

On notera dans cette réaction l’absence de mention de la clause imposant une pénalité financière en cas de départ. Par ailleurs, l’encouragement à dénoncer les comportements problématiques semble avoir un effet mitigé : les collègues d’Angel cités dans l’article ont préféré rester anonymes, de peur des répercussions.

Un problème global

Les éléments soulevés par CTV News, comme le souligne d’ailleurs le média, ne sont évidemment pas isolés. Les heures supplémentaires imposées et/ou impayées, les pratiques de management problématiques ou encore les contraintes liées à l’immigration au Canada se retrouvent dans de multiples studios, et pas seulement dans les effets visuels : animation, cinéma en général, jeu vidéo font aussi partie des secteurs touchés.

Malheureusement, les choses évoluent assez lentement, même si des initiatives sont créées sur le sujet. On pourra par exemple citer l’Art Babbitt Appreciation Society, évoquée par CTV News, qui cherche à organiser et syndiquer le secteur de l’animation à Vancouver. En France, on l’a vu récemment dans les suites de l’affaire Ubisoft, le syndicat STJV a pris de l’essor.

Pour plus de détails, nous vous invitons évidemment à lire l’article de CTV News.

Dépression, suicide : des ressources pour vous aider

Ajoutons enfin que si vous avez besoin d’aide, des ressources sont disponibles.

Au Canada, CTV News donne quelques pistes :

If ever you need help, don’t hesitate to reach out to:

Your family doctor (if you have one)
Your local CLSC, CISSS or CIUSSS: 811
AMI-Quebec: 514-486-1448
Canadian Mental Health Association (CMHA): 514-521-4993
Centre Interligne Inc.: (for issues related to sexual orientation): 514-866-0103
Depressives Anonymous: 514-278-2130
Groupe d’entraide pour un mieux-être: (GEME): 450-332-4463
Quebec Obsessive Compulsive Disorder Foundation: 514-727-0012
Société québécoise de la schizophrénie: 514-251-4000 x3400
Suicide Action Montreal: 1 866 277 3553
Suicide Prevention Service: 1 866 APPELLE
Veterans Affairs Canada: 1 800 268-7708
If you need immediate assistance, call 911 or go to the nearest hospital.

Du côté français, le Ministère des solidarités et de la santé propose également des solutions et aides, telles que :

  • les services d’urgence (15 pour le Samu, ou numéro d’urgence européen, le 112) ;
  • SOS Médecin ;
  • le dispositif d’écoute SOS Amitié (permanence d’écoute téléphonique 24h/24, 7j/7, numéros à retrouver sur le site de l’association ; permanence d’écoute par chat tous les soirs de 19 h à 23 h ou par mail (réponse sous 48h maximum) ;
  • le dispositif d’écoute Suicide Ecoute (permanence 24h/24, 7j/7) au 01 45 39 40 00.

D’autres ressources sont disponibles chez le Ministère des solidarités et de la santé, avec renvois vers des sites d’information, guides, autres numéros d’écoute.

Notez enfin que les numéros d’écoute sont anonymes. N’hésitez pas à en faire usage.

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